C O M M U N I Q U É
Prolongement des heures d’ouverture des magasins
À qui cela profitera-t-il ?
L’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) des Basses-Laurentides, représentante des consommateurs de la région, se dit défavorable au prolongement des heures d’ouverture des magasins les lundis, mardis et mercredis jusqu’à 21h en tout temps.
L’ACEF appuie entre autres les propriétaires de commerces dans les centres d’achats, leurs employés et leur famille, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, ainsi que de nombreux spécialistes qui dénoncent vertement les conséquences néfastes de cette politique qui va à l’encontre du bien commun.
De l’avis de beaucoup d’experts, dont Jacques Nantel, professeur spécialisé dans le commerce de détail aux HEC, «le prolongement des heures d’ouverture n’a généralement aucun impact sur l’accroissement des ventes». D’après l’ACEF, l’endettement des familles est tel qu’elles ne feront qu’étaler leurs dépenses sur plus de jours.
Par contre, selon l’ACEF, la nouvelle politique a un impact considérable sur les coûts pour les commerçants qui doivent payer les salaires des employés ces soirs-là. D’autant plus que depuis trois ou quatre ans, il y a pénurie de main-d’œuvre spécialisée dans le commerce de détail et que les propriétaires sont obligés d’offrir des salaires plus avantageux.
Les coûts humains sont eux aussi importants pour les travailleurs : ils verront leur horaire de travail modifié, partitionné, au détriment de leur vie de famille ou de leurs études. Les propriétaires devront fort probablement travailler eux-mêmes plus d’heures pour épargner un peu sur les salaires, au détriment de leur vie familiale eux aussi.
L’ACEF espère pouvoir compter sur l’appui du ministre Béchard, qui doit très bientôt sortir sa politique de conciliation travail-famille et qui s’est dit très «inquiet» et «beaucoup préoccupé» par les conséquences de la prolongation des heures d’affaires, lors d’une conférence de presse, le 31 août dernier.
De plus en plus de petites entreprises ferment leurs portes, à bout de souffle, incapable de concurrencer les grandes surfaces. Avec cette nouvelle politique, on en verra bien d’autres encore. Il est donc faux de prétendre qu’il y aura création d’emplois, ils ne seront que déplacés vers les grandes surfaces.
Dans l’intérêt des consommateurs, l’ACEF dénonce cette nouvelle politique aussi parce qu’elle incite les familles et les individus déjà bien endettés à consommer davantage. Elle favorise la consommation instantanée, l’assouvissement immédiat des désirs. Ajoutés à cela le crédit et la publicité, cette nouvelle politique amoindrit une fois de plus un pouvoir très important pour le consommateur : son temps de réflexion.
Et en bout de ligne, on est en droit de se demander qui paiera la facture. L’ACEF croit que c’est encore et toujours les consommateurs, pour compenser les pertes encourues par les petits commerçants. Et lorsqu’il n’y en n’aura plus, les quasi-monopoles des grandes chaînes pourront alors augmenter leurs prix sans craindre la concurrence qui n’existera pour ainsi dire plus... Alors, à qui cela profitera-t-il le plus d’après vous ?