|
Chronique juridique
Problème de pyrite? Moins de six mois pour réagir

par Me Claude Coursol
conseiller juridique de l'ACQC
Les problèmes de gonflement des remblais peuvent être
perçus par les tribunaux comme des vices cachés ou, dans
le cas de maisons achetées neuves de l'entrepreneur, des vices
de construction.
Il faut consulter la jurisprudence sur cette question,
afin notamment de savoir si la seule présence de pyrite, sans
dommage, constitue en soi un vice. Il est en effet possible qu'un vice
caché soit considéré même pour des dommages
anticipés. Il faudra toutefois faire la preuve que les dommages
surviendront nécessairement dans l'avenir, pas seulement de
façon hypothétique. Ceci peut s'avérer difficile.
Par ailleurs, le mot le dit, le vice devait être caché au
moment de la transaction. Ainsi, si la maison a été
achetée alors que le plancher comportait des signes manifestes
de problèmes reliés au gonflement du remblai, le tribunal
risque de conclure que cette situation aurait dû pousser
l'acheteur à plus de prudence.
On entend souvent de la part des vendeurs poursuivis l'argument
suivant : « Je n'étais pas au courant de la
présence de ce vice ».
Cela ne prive en
rien l'acheteur de son recours. Au contraire, si vous pouvez prouver
que le vendeur était au courant et qu'il a caché
délibérément cette information ou camouflé
des dommages, vous pourriez en plus avoir un recours en dommage et
intérêt.
Le Code civil ne
fixe aucun délai de prescription entre le moment de la
transaction et l'apparition du vice caché. Ainsi, même
après 25 ans, si le gonflement de la pyrite cause des dommages,
l'acheteur peut intenter un recours en vice caché contre le
vendeur.
Cependant, le Code parle d'un délai raisonnable
entre le moment où l'acheteur prend connaissance des
problèmes et celui où il les dénonce au vendeur.
Dès que vous détenez des informations qui peuvent vous
laisser croire que votre propriété est affectée
d’un problème de pyrite, vous DEVEZ réagir vite,
idéalement dans les trois mois. Après six mois, votre
recours est quasiment perdu d'avance, à moins que vous puissiez
invoquer des raisons majeures.
En passant, l'attente d'une éventuelle subvention n'est pas une
raison valable pour demander à la Cour d'excuser votre inaction.
La dénonciation
La première
action à poser est donc la dénonciation. Vous
écrivez au vendeur, par courrier recommandé avec preuve
de réception, une lettre dans laquelle vous l'informez que la
maison qu'il vous a vendue présente des signes de
problème, vraisemblablement de gonflement des remblais des
planchers de fondation. Vous ajoutez que vous allez, dans les mois
à venir, préciser la nature des problèmes et
l'ampleur des dommages en retenant les services d'un professionnel du
bâtiment, et que vous allez tenir cette personne au courant des
développements. Le vendeur peut, de son côté,
demander de faire faire sa propre expertise.
S'il s'agit de
quelqu'un avec qui vous voudriez malgré tout garder de bonnes
relations (si c'est possible dans les circonstances...), vous pouvez
toujours l'appeler pour lui parler des problèmes. Envoyez-lui
tout de même votre lettre recommandée. C'est
impératif.
Une fois cette
dénonciation faite, le délai de prescription est
maintenant figé dans le temps. Vous avez alors trois ans, toujours calculé à partir du moment où vous avez pris connaissance de l'existence du problème, pour entreprendre un recours devant les tribunaux.
Il est recommandé d'envoyer l'avis de dénonciation, peu
importe si, en bout de ligne, vous avez l'intention ou non d'intenter
un recours. Par exemple, vous pourriez vous dire que le montant des
dommages ne justifie pas une poursuite. Malgré cela, l'avis de
dénonciation permettra de préserver vos droits pendant
les deux ou trois prochaines années. Qui sait si, entre-temps,
d'autres dommages plus importants n'apparaîtront pas.
Pour rédiger votre lettre de dénonciation, consultez nos deux lettres-types.
La mise en demeure
L'étape
suivante, qui peut également remplacer l'étape
précédente de la dénonciation, est la mise en
demeure.
Il est nettement préférable à cette étape
de consulter un avocat. À première vue, rédiger
une mise en demeure n'apparaît pas très compliqué.
Cependant, l'aide d'un avocat permettra d'éviter certaines
erreurs ou omissions qui, autrement, risquent de vous nuire pendant
toute la suite des procédures.
Il s'agit encore une fois d'une lettre par courrier recommandé
dans laquelle vous décrivez la situation, avec cette fois la
description précise de la nature du problème et des
coûts. La lettre va donc établir le montant de votre
réclamation. Elle fixera également un délai
raisonnable afin de permettre au vendeur de procéder à
ses frais aux réparations. Vous préviendrez le vendeur de
votre intention, à l'expiration de ce délai, de faire
faire vous-même les travaux et de le tenir responsable des
coûts.
Notez que vous ne pouvez pas agir unilatéralement,
c'est-à-dire poser vous-même des gestes, comme
entreprendre des travaux de réparation, avant d'avoir
donné l'occasion au vendeur de faire lui-même les
expertises requises et les travaux.
Vous pouvez joindre à la mise en demeure une expertise (d'un
professionnel du bâtiment) à l'appui de vos dires et un
estimé des réparations. Soumettez l'expertise à
votre avocat avant de la faire parvenir au défendeur.
S'il n'y a aucune
réaction du vendeur dans le délai que vous lui avez
fixé, vous pouvez présumer qu'il ne reconnaît pas
votre réclamation et que dès lors, l'affaire devra
être tranchée par un tribunal.
Pour initier le recours proprement dit, consultez un avocat.
Le jeu en vaut-il la chandelle?
Sachez que
même si le tribunal vous donne raison, les honoraires de votre
avocat ne seront pas remboursés par la partie adverse. Soyez
également certain de poursuivre quelqu'un de solvable. Sachez
finalement que la cause prendra plusieurs années et sera
sûrement une source de tracas. Vous devrez aussi être en
mesure d’en assumer les frais.
La décision
finale vous appartient puisque chaque cas est particulier. Seulement
pour donner un ordre de grandeur, disons, en général, que
des dommages de moins de 5000 $ ne valent sûrement pas le
coût d'une poursuite.
Par contre, tel
que mentionné précédemment, l'étape de la
dénonciation ne vous coûtera que quelques dollars et
permettra de préserver vos droits au cas où des dommages
d'abord évalués à 5000 $ s'avèreraient
finalement plus sérieux.
Par
ailleurs, en minimisant vos dommages à 3000 $, vous
pourriez vous-même défendre votre cause devant la Cour des
petites créances. Il est recommandé toutefois de
consulter quand même un avocat qui vous aidera à bien la
préparer et la défendre.
L'entente à l'amiable
À l'une ou
l'autre de ces étapes, les parties pourraient conclure une
entente de règlement à l'amiable. Avant de signer une
telle entente, consultez un avocat ou un notaire. En effet, si, pour
une raison ou pour une autre, l'entente que vous avez signée ne
se réalise pas, vous risquez de vous retrouver devant une
situation problématique.
L'appel en garantie
Le vendeur
poursuivi pour vice caché peut, à son tour, se retourner
contre son propre vendeur et intenter un recours. Le suivant pourra
faire de même et ainsi de suite, jusqu'au constructeur (si
celui-ci est toujours en affaires et si son entreprise est solvable).
Dans certains cas
rares, il pourrait être possible que plusieurs personnes qui se
poursuivent ainsi les unes et les autres s'assoient ensemble pour
négocier un règlement. Ainsi, dans le cas par exemple
d'une poursuite de 10 000 $ impliquant quatre parties, on
pourrait décider de partager les coûts en quatre :
les trois vendeurs versant 2500 $ au dernier acheteur.
Encore une fois, si cette situation se présente, faites examiner l'entente par un avocat ou un notaire.
Minimiser les dommages
La Loi vous oblige
à minimiser vos dommages. Ainsi, dès la
dénonciation, vous devez remettre à plus tard tout projet
de rénovation qui pourrait avoir comme conséquence
d'augmenter le coût de votre réclamation.
Maisons achetées de l'entrepreneur
Selon la Loi,
lorsqu'un entrepreneur construit un bâtiment, celui-ci doit
être exempt de tout vice et pouvoir être utilisé
pour les fins pour lesquelles il a été construit, pendant
une durée de temps raisonnable. En principe, il ne peut
éviter sa responsabilité qu'en prouvant que le dommage
résulte d'un cas de force majeure, d'une circonstance totalement
hors de son contrôle.
Si votre maison a été construite il y a cinq ans ou
moins, en plus du recours contre l'entrepreneur, vous pourriez avoir un
recours contre le plan de garantie de la maison (APCHQ ou ACQ).
Si votre maison est couverte par une telle garantie, avisez la garantie
par écrit, en même temps que l'entrepreneur.
Référez-vous par la suite aux termes du contrat de la
garantie pour vous assurer de respecter les délais et la
procédure qui vous sont imposés. Vous auriez, encore ici,
intérêt à consulter un avocat pour vous aider
à faire valoir vos droits éventuels à la garantie.
Me Claude Coursol
collabore bénévolement avec l'ACQC depuis plus de dix
ans. Il pratique en cabinet privé à Laval. Pour prendre
rendez-vous avec lui, téléphonez au 450 687-5883.
TOUS DROITS RÉSERVÉS
ASSOCIATION DES CONSOMMATEURS POUR LA QUALITÉ DANS LA CONSTRUCTION
Toute reproduction interdite sans autorisation de l'ACQC
Dernière mise à jour : 2003-04-16
|